Marchés de l’énergie : entre prix spot historiquement bas et évolutions géopolitiques
Résumé
En mai, les marchés de l’énergie sont restés particulièrement dynamiques. Les tensions géopolitiques, les incertitudes concernant l’approvisionnement en GNL (gaz naturel liquéfié) et les travaux de maintenance sur les infrastructures gazières norvégiennes ont continué à provoquer d’importantes fluctuations sur les marchés du gaz et de l’électricité.
Parallèlement, les injections exceptionnellement élevées d’énergie solaire ainsi que la variabilité de la production éolienne ont entraîné à plusieurs reprises de fortes variations sur le marché spot. Le 1er mai, les prix de l’électricité ont même chuté temporairement à -499,99 €/MWh.
Alors que les marchés à terme ont principalement été soutenus par les risques géopolitiques, les marchés de court terme ont réagi de manière sensible aux conditions météorologiques, aux niveaux de stockage et à l’évolution du commerce international des matières premières. Les développements concernant le GNL, le pétrole et les quotas d’émission de CO₂ ont particulièrement retenu l’attention des acteurs du marché.
Vous trouverez ci-dessous un aperçu des principales évolutions et des facteurs ayant influencé les prix sur les marchés de l’énergie au cours des dernières semaines.

En mai, le marché de l’électricité est resté volatil, sous l’effet à la fois des évolutions géopolitiques et des fluctuations de la production d’énergie renouvelable. Les conditions météorologiques ont également joué un rôle important : une période fraîche autour des « Saints de glace » a été suivie d’une vague de chaleur précoce en fin de mois, avec des températures atteignant localement jusqu’à 34 °C.
Le mois de mai a également été marqué par un ensoleillement exceptionnellement élevé. Avec environ 254 heures de soleil, la moyenne de long terme a été dépassée d’environ 26 %.
Le 1er mai, les prix négatifs de l’électricité sur le marché spot allemand ont atteint un nouveau record. Sur la bourse EPEX Spot, tous les quarts d’heure entre 13h30 et 14h30 ont été négociés à -499,99 €/MWh, soit le seuil technique minimal du marché. En raison de la faible demande industrielle liée au jour férié, une offre d’électricité très abondante s’est retrouvée face à une consommation relativement limitée.
En réaction, EPEX Spot a abaissé le plancher de prix du marché day-ahead de -500 €/MWh à -600 €/MWh. La limite précédente avait été conçue comme un mécanisme de sécurité technique et non pour une utilisation régulière dans les conditions de marché.
Cette tendance s’est poursuivie en fin de mois. La forte production solaire a continué à exercer une pression à la baisse sur les prix spot, notamment durant le week-end de Pentecôte. Bien que les niveaux extrêmes du 1er mai n’aient pas été atteints à nouveau, les prix day-ahead sont restés négatifs durant plusieurs heures de négociation.
Sur les marchés à terme, les évolutions sont restées relativement stables. Le produit Cal-27 s’est principalement échangé dans une fourchette comprise entre 90 et 93 €/MWh. Les acteurs du marché ont récemment adopté une vision plus sereine de la situation géopolitique autour du détroit d’Ormuz et anticipent de plus en plus une amélioration progressive de la situation au cours des prochains mois.

Les opérations de maintenance programmées sur plusieurs champs gaziers et installations de traitement norvégiens ont temporairement réduit l’offre de gaz disponible pour l’Europe en mai. La Norvège étant l’un des principaux fournisseurs de gaz du continent, les marchés européens ont réagi sensiblement à cette baisse des volumes exportés.
Les flux de gaz norvégiens ont reculé à environ 254 millions de m³ par jour, soit près de 32 millions de m³ de moins qu’en avril. La capacité temporairement indisponible est estimée entre 85 et 90 millions de m³ par jour, soit environ 25 % de la capacité technique d’exportation.
Par ailleurs, les négociants ont signalé une concurrence accrue avec les acheteurs asiatiques pour les cargaisons de GNL disponibles. La forte demande asiatique, combinée à une offre mondiale limitée, a soutenu les prix du gaz à court terme en Europe.
Dans ce contexte, les injections dans les stockages sont restées inférieures aux attentes et devraient atteindre environ 80 TWh, soit un déficit d’environ 20 TWh par rapport à la même période l’an dernier.
À la fin du mois de mai, les installations de stockage de gaz des États membres de l’Union européenne étaient remplies à environ 40 %. Le déficit de stockage par rapport à l’année précédente s’est creusé au cours du mois, passant d’environ 70 TWh à près de 90 TWh.
Sur le marché à terme, plusieurs signaux d’apaisement en provenance des États-Unis ont récemment exercé une pression baissière sur les prix. Le président américain Donald Trump a de nouveau évoqué une possible résolution prochaine du conflit avec l’Iran et a fait état de négociations avancées.
Les informations indiquant que certains méthaniers et pétroliers continuaient de transiter par le détroit d’Ormuz ont également contribué à calmer les marchés. La marine du Corps des gardiens de la révolution islamique iranienne (IRGC) a annoncé qu’un total de 24 navires, dont des pétroliers, porte-conteneurs et navires marchands, avaient traversé avec succès le détroit malgré le blocus américain.
Les marchés y ont vu un signal possible d’un retour progressif à la normale pour les flux de GNL. La situation reste néanmoins tendue, de nombreux méthaniers naviguant toujours en « dark mode », avec leurs transpondeurs AIS désactivés pour des raisons de sécurité.
De nouveaux développements militaires en fin de mois ont toutefois ravivé les inquiétudes. Après l’annonce par les États-Unis d’attaques contre des positions de missiles iraniennes et des navires utilisés pour le minage du détroit d’Ormuz, les prix du pétrole ont temporairement rebondi.
Le marché du gaz demeure donc particulièrement sensible aux évolutions géopolitiques. En mai, le produit Cal-27 s’est principalement négocié dans une fourchette de 37 à 40 €/MWh, en dessous des niveaux observés en avril.

Pétrole
Les prix du pétrole ont fortement reculé au cours du mois écoulé. Les États-Unis et l’Iran négocient depuis plusieurs jours une prolongation du cessez-le-feu en vigueur depuis le 8 avril ainsi que la poursuite des discussions visant à résoudre le conflit.
À la fin du mois, les médias américains ont fait état d’un accord préliminaire entre les négociateurs des deux pays. Celui-ci prévoit notamment la prolongation du cessez-le-feu, l’ouverture de nouvelles négociations sur le programme nucléaire iranien ainsi que la libre circulation maritime dans le détroit d’Ormuz.
La perspective d’une amélioration de la situation géopolitique et d’un approvisionnement plus stable via l’une des principales routes mondiales pour le pétrole et le GNL a exercé un effet baissier sur les marchés de l’énergie.
Toutefois, l’approbation définitive de cet accord-cadre par le président Donald Trump était encore en attente à la dernière minute.
Charbon
Les prix du charbon ont fortement progressé en mai et ont atteint le 19 mai leur plus haut niveau depuis six semaines, à 128,62 USD.
Cette hausse s’explique principalement par l’augmentation des prix du gaz et du pétrole ainsi que par une demande temporairement plus forte des centrales électriques. En fin de mois, les prix ont de nouveau reculé sous l’effet d’une demande mondiale d’importation modérée et d’une légère diminution des primes de risque sur les marchés énergétiques.
CO2
Les prix des quotas d’émission de CO₂ ont également augmenté de manière significative en mai par rapport à avril.
Les acteurs du marché ont d’abord réagi à l’incertitude persistante entourant la réforme du système européen d’échange de quotas d’émission (EU ETS), ainsi qu’aux évolutions observées sur les marchés de l’énergie et des combustibles.
Les propositions de modification publiées par la Commission européenne le 11 mai ont également alimenté les débats. La Commission a proposé de nouveaux benchmarks EU ETS pour la période 2026-2030, qui détermineront le volume de quotas gratuits attribués à l’industrie européenne.
Selon les propositions actuelles, les entreprises industrielles recevraient à l’avenir des quotas gratuits couvrant en moyenne environ 75 % de leurs émissions, contre près de 85 % sur la période 2021-2025.
Parallèlement, la Commission souhaite encourager davantage l’électrification de l’industrie tout en maintenant la prise en compte des émissions indirectes liées à la consommation d’électricité pour plusieurs secteurs industriels.
L’impact financier estimé de ces ajustements s’élève à environ 4 milliards d’euros sur la période 2026-2030.


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