Les prix de l’énergie grimpent en octobre face aux inquiétudes sur le gaz
Les prix de l’énergie ont continué à augmenter fortement en octobre. En Belgique, le prix moyen de l’électricité sur le marché spot a progressé de 12 % par rapport à septembre, tandis que les prix à terme de l’électricité ont également enregistré une hausse considérable. Les prix du gaz ont augmenté encore davantage, avec une progression de 43 % du contrat TTF Front-Month.
Le marché du gaz est resté le principal moteur de ces évolutions. Les restrictions persistantes sur l’approvisionnement en GNL en provenance de la région du Golfe, combinées à des niveaux de stockage de gaz inhabituellement bas en Europe, ont accentué les inquiétudes concernant l’approvisionnement énergétique à l’approche de l’hiver. Parallèlement, les périodes de faible production éolienne et le raccourcissement des journées ont accru le recours à des centrales électriques conventionnelles plus coûteuses, entraînant une nouvelle hausse des prix de l’électricité.

La faible production éolienne et la hausse des prix du gaz font grimper les prix spot
Le prix moyen de l’électricité sur le marché spot belge a augmenté de 12 % en octobre, pour atteindre 174,43 €/MWh. Les prix ont toutefois fortement fluctué au cours du mois, principalement en fonction de la production éolienne et solaire ainsi que de la disponibilité des centrales électriques conventionnelles.
Pendant les périodes de forte production d’électricité renouvelable, les prix ont diminué, car cette production permettait de répondre à la demande. Au cours de la semaine se terminant le 25 octobre, deux tempêtes sur le nord-ouest de l’Europe ont entraîné une production éolienne particulièrement élevée. Combinée à une demande d’électricité plus faible pendant le week-end, cette situation a même provoqué des prix légèrement négatifs autour de midi le 25 octobre.
Vers la fin du mois, la situation a considérablement changé. La production éolienne a fortement diminué, nécessitant un recours accru aux centrales à gaz alors que les prix du gaz étaient déjà exceptionnellement élevés. Les prix de l’électricité en Belgique ont ainsi subi une pression à la hausse, en particulier pendant les périodes de faible production éolienne et de demande plus élevée.
Le raccourcissement des journées a également contribué à la hausse des prix. À mesure que l’automne avançait, la production solaire disponible le matin et le soir diminuait, augmentant ainsi le besoin de production d’électricité conventionnelle.
Les évolutions dans les pays voisins sont également restées importantes, les marchés de l’électricité belge, néerlandais et allemand étant étroitement interconnectés. Pour les semaines à venir, la production éolienne restera un facteur déterminant des variations de prix à court terme. Les périodes de faible vent pourraient faire grimper davantage les prix, tandis qu’une production accrue d’énergie renouvelable et une meilleure disponibilité des centrales nucléaires pourraient apporter un certain répit.
Les prix à terme de l’électricité grimpent avec ceux du gaz
Les prix à terme de l’électricité ont également fortement augmenté en octobre, avec une hausse de 31,4 % du contrat belge Cal-27. La principale raison était la forte augmentation des prix du gaz, qui a entraîné une hausse des coûts de production attendus des centrales à gaz. Les inquiétudes concernant la disponibilité du GNL et les niveaux relativement bas des stocks européens de gaz ont également renforcé l’incertitude quant à l’approvisionnement en électricité pendant l’hiver à venir.
Les prix à terme de l’électricité ont toutefois moins augmenté que ceux du gaz. En effet, l’impact de la hausse des prix du gaz dépend de la fréquence à laquelle les centrales à gaz doivent être utilisées pour répondre à la demande d’électricité. Lorsque suffisamment d’électricité est disponible grâce aux énergies renouvelables, aux centrales nucléaires ou aux importations, l’influence de la production coûteuse à partir du gaz reste plus limitée.
Les évolutions de l’approvisionnement en gaz, de la production d’électricité renouvelable et de la disponibilité des centrales nucléaires françaises restent donc des facteurs importants pour les prix à terme de l’électricité.

Les prix spot du gaz grimpent face aux inquiétudes sur l’approvisionnement
Les prix du gaz sur le marché spot ont fortement augmenté en octobre, en raison des inquiétudes croissantes concernant l’approvisionnement en gaz de l’Europe à l’approche de l’hiver, alors que la saison des prélèvements dans les stocks a commencé. Le prix moyen du contrat TTF Front-Month a augmenté de 43 % par rapport à septembre pour atteindre 103,73 €/MWh à la fin du mois. C’était la première fois depuis décembre 2022 que ce contrat dépassait les 100 €/MWh.
La principale raison était l’incertitude persistante concernant l’approvisionnement en GNL depuis la région du Golfe. Les restrictions de navigation dans le détroit d’Ormuz ont continué à affecter la disponibilité du GNL, tandis que les installations de traitement de Ras Laffan avaient été endommagées plus tôt dans l’année. Les informations faisant état d’attaques contre des navires dans la région du Golfe, dont un méthanier qatari, ont renforcé les inquiétudes concernant l’approvisionnement.
Ces évolutions ont intensifié la concurrence pour le GNL provenant d’autres régions, notamment entre l’Europe et l’Asie. Avec moins de sources d’approvisionnement alternatives disponibles, les prix européens du gaz sont devenus de plus en plus sensibles aux évolutions géopolitiques et aux éventuelles perturbations.
Les prix à terme du gaz grimpent face aux risques hivernaux d’approvisionnement
Les prix à terme du gaz ont également fortement augmenté en octobre, avec une hausse de 43,6 % du contrat TTF Cal-27, qui a atteint 81,48 €/MWh. Les plus fortes hausses ont eu lieu pendant la seconde moitié du mois. Au cours des derniers jours d’octobre seulement, le contrat TTF Cal-27 a progressé d’environ 17 %. Cela montre à quelle vitesse les inquiétudes concernant la disponibilité future du gaz se sont traduites par une hausse des prix.
Les stocks européens de gaz sont restés un point d’attention majeur. Fin octobre, les installations de stockage étaient remplies à environ 75 %, un niveau nettement inférieur à la normale pour cette période de l’année. L’Europe dispose donc d’une réserve plus limitée à l’approche de l’hiver, ce qui augmente le risque de nouvelles hausses de prix si les températures baissent ou si de nouvelles perturbations de l’approvisionnement surviennent.
Les conditions météorologiques deviennent donc de plus en plus importantes. Un hiver doux pourrait limiter la consommation de gaz et réduire la pression sur les stocks. À l’inverse, une période de froid prolongée augmenterait la demande de gaz pour le chauffage. Si cette situation coïncide avec une faible production éolienne, davantage de gaz sera également nécessaire pour produire de l’électricité.
Les évolutions diplomatiques pourraient apporter un certain répit. L’Iran s’est déclaré ouvert aux négociations, ce qui pourrait améliorer les perspectives de transport de GNL dans la région. Une baisse durable des prix du gaz dépendra toutefois largement de la capacité de ces évolutions à permettre un rétablissement durable des livraisons effectives de GNL.

Pétrole
Le prix du pétrole a augmenté de 13,6 % en octobre et a clôturé le mois à 117,64 $ le baril. Cette hausse reflétait l’incertitude géopolitique persistante et les inquiétudes concernant l’approvisionnement énergétique depuis la région du Golfe.
Les restrictions de navigation dans le détroit d’Ormuz sont restées une source majeure d’incertitude. Bien que les conséquences directes sur l’approvisionnement en pétrole et en GNL soient différentes, les perturbations sur cette importante voie de transport ont renforcé l’incertitude concernant la disponibilité mondiale de l’énergie.
Les informations faisant état d’attaques contre des navires dans la région ont accentué les inquiétudes sur le marché. Parallèlement, certains signaux diplomatiques ont laissé entrevoir un possible apaisement des tensions, même si l’incertitude concernant la situation est restée importante.
Pour les semaines à venir, les évolutions géopolitiques et la disponibilité de l’approvisionnement depuis la région du Golfe resteront des facteurs déterminants pour le prix du pétrole. De nouvelles perturbations pourraient accentuer la pression à la hausse sur les prix, tandis qu’une amélioration des conditions de navigation pourrait atténuer les inquiétudes concernant l’approvisionnement.
Charbon
Le prix du charbon a augmenté de 6,9 % en octobre et a clôturé le mois à 145,46 $ la tonne. Cette hausse a donc été plus modérée que celles observées sur les marchés du gaz et de l’électricité.
La forte hausse des prix du gaz a considérablement augmenté le coût de la production d’électricité dans les centrales à gaz. La compétitivité relative de la production d’électricité à partir du charbon s’est ainsi améliorée sur les marchés où des capacités suffisantes étaient encore disponibles.
Les centrales à charbon sont donc restées une alternative aux centrales à gaz, notamment pendant les périodes de faible production d’électricité renouvelable. Toutefois, la mesure dans laquelle le charbon peut remplacer le gaz dépend des capacités de production disponibles et des coûts supplémentaires liés aux émissions de CO₂.
CO₂
Le prix du CO₂ a augmenté de 4,8 % en octobre, le contrat européen de quotas d’émission pour décembre 2026 atteignant 89,19 € par tonne de CO₂.
La hausse des coûts de production d’électricité à partir de combustibles fossiles et la demande persistante de production d’électricité conventionnelle ont soutenu le prix du CO₂. Lorsque les centrales à gaz et à charbon sont nécessaires pour produire de l’électricité, elles ont également besoin de quotas d’émission, ce qui peut en accroître la demande.
La hausse du prix du CO₂ est toutefois restée relativement limitée par rapport aux fortes augmentations des prix du gaz et des prix à terme de l’électricité. Bien que les prix plus élevés du CO₂ aient encore augmenté les coûts de production d’électricité à partir de combustibles fossiles, les inquiétudes concernant l’approvisionnement en gaz sont restées la principale cause de la hausse des prix de l’énergie en octobre.
Perspectives
À l’approche de l’hiver, les marchés européens de l’énergie restent très sensibles aux évolutions de l’approvisionnement en gaz et aux conditions météorologiques. Les stocks européens de gaz étant nettement inférieurs à la normale et l’approvisionnement en GNL depuis la région du Golfe restant limité, le marché dispose de moins de marge pour absorber de nouvelles perturbations. Les élections américaines de mi-mandat du 3 novembre devraient également influencer l’évolution des prix, quel que soit leur résultat.
Un hiver doux, une meilleure disponibilité du GNL et une production accrue d’énergies renouvelables et d’énergie nucléaire pourraient contribuer à atténuer la pression sur les prix. Des avancées diplomatiques au Moyen-Orient pourraient également renforcer la confiance des marchés, surtout si elles permettent un rétablissement durable des livraisons de GNL.
À l’inverse, de nouvelles perturbations du transport maritime, des périodes prolongées de froid ou une faible production éolienne pourraient entraîner de nouvelles hausses de prix. Pour les prix de l’électricité, la disponibilité des énergies renouvelables et de l’énergie nucléaire restera particulièrement déterminante pour la fréquence à laquelle les centrales à gaz coûteuses devront être utilisées.




